Lundi 1 août 2005
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14:54
-on le fait?
-ouais, allez... on va bien se marrer... comme l'an dernier...
-ah ouais!! L'an dernier... OK, on le fait...
voilà, c'est aussi simple que ça de se décider.
niveau logistique il nous fallait pas grand chose: une voiture, une CB en état de marche et une journée entière.
niveau confort, il nous fallait pas grand chose: un lecteur mp3 pour avoir du son durant le voyage, des clopes, de l'eau, un peu de bouffe, un pull au cas où il fasse mauvais
on est parti samedi à 6h30 du mat'. On a eu de la chance, presque pas de circulation pour sortir de Paris.
Deux heures de routes et hop, on est en Belgique.
Encore deux heures et hop, on y est...
On a garé la bagnole au même endroit que l'an dernier, il était 11h, mais on n'est pas allé au smartshop direct, on a préféré aller se poser un peu sur la péniche coffee et établir un plan d'action autour d'un premier spliff.
un gramme de Shiva, un café et un coca pour se décider.
le café c'est pour moi, le coca c'est pour Ben...
la fenêtre à l'avant, avec vue sur le canal, c'est pour nous deux...
très bien, cette fois ce sera pleine dose. Avant midi, qu'on parte pas trop tard ce soir.
Go.
Smartshop. Une boîte de thaïlandais chacun.
Soit environ 4g à avaler.
Ca a l'air de rien, mais bouffer crus 4g de champignons, c'est dégueulasse au possible.
On se pose dans la bagnole, on commence à les couper en petits bouts.
Pour les avaler, ma technique consiste à les macher malgré le goût atroce, et à les déglutir, en ayant pris soin de sucer des pastilles à la menthe auparavant. Celle de Ben consiste à les avaler tout rond avec de l'eau. Je termine en premier, pendant que Ben repeint le tableau de bord d'eau et d'éclats de champ. en s'étouffant à moitié. On décide d'aller se poser dans un coffee en attendant la montée, puis de migrer vers un parc afin de profiter ensuite. L'an dernier la montée avait pris deux heures.
On se pose à une table, dans un coffee.
un gramme de White Widow, un café et un coca pour attendre.
La montée commence, cash. Je panique un peu, l'an dernier on a failli se faire virer de ce coffee tellement on était perché, et je sens que ça arrive. Je me demande comment ça se fait, puisque je les ai pris il y a seulement 30mn... Je bataille un peu et j'arrive à convaincre Ben qu'il faut se tirer. On avale rapido nos boissons, on écrase le spliff, et exit.
Dehors, rue, crise de rire, mal aux côtes et aux abdos.
Le parc? On y arrive, on dirait le parc de la Belle au Bois Dormants, alors qu'il est très quelconque en vrai. On s'asseoit dans l'herbe. Il y a un peu de monde autour de nous, des gens qui nous regardent bizarrement. On s'allonge au soleil. J'avais jamais fait attention aux couleurs ici. Là, j'en vois une multitude, une cascade de nuances que je perçois... Mille dégradés de vert, de rouge, de bleu, de jaune.
-tu vois ce que je vois?
-ouais, je crois bien...
Allongés sur le dos, on regarde le ciel. Au-dessus de moi, je vois bien que le ciel n'est fait que de dizaines de couches superposées, comme sous Photoshop avant d'applatir l'image. Les nuages me font coucou, et dansent devant mes yeux. J'entends une cloche d'église qui sonne sans jamais s'arrêter. Les rayons du soleil descendent vers moi en rigolant, ils me caressent la peau, ils sont gentils...
Je me redresse. Seuls Ben et moi existons. J'ai beau essayer de fouiller, je ne suis pas capable de penser à autres choses qu'à Ben et moi. Le reste est une fiction de nos sens, c'est sûr. On se met à rire un peu, trop fort, on SAIT tous les deux que rien n'existe. Rien du tout. Le monde est une fiction, Breda n'existe pas, ce pays n'existe pas, ces gens n'existent pas. Rien d'autre n'existe en vrai que nous deux. Fantaisies que le reste!!
Mais d'où viennent ces gens qui passent? Ils font partie de spectacle. Des tas de gens, mais surtout plein d'handicapés en fauteuil, qui passent et repassent devant nous. Breda est la ville du monde où il doit y en avoir la plus grande concentration, c'est pas possible autrement...
Bizarrement, j'ai le temps de détailler tout le monde, mais je m'attarde surtout sur les filles, même si globalement, les hollandaise, hein, on s'est compris... Et là, je me rends compte que toutes ou presque me jettent un petit regard. On me jette des petits regards comme ça en France aussi, mais là ça dure longtemps pour un petit regard, et je vois tout avec précision, où se posent les yeux, ce qu'ils pensant, ce qu'ils détaillent, ce qu'ils aiment et n'aiment pas, etc. J'allume mon mp3 sans mettre les écouteurs et je regarde passer les secondes. Elles durent au moins le triple de d'habitude. Ca veut dire que dans chaque seconde, je peux faire plein de chose, voir mille détails que je ne vois pas d'habitude. C'est impressionnant. Ben ressent les mêmes choses que moi. Wahou!!
Il est gentil Ben. D'ailleurs tout le monde est gentil. Je sais que je peux me lever et aller dire à tous ces gens qui passent que je les aime, mais ça sert à rien parce qu'ils n'existent pas de toutes façons. Je regarde Ben. Il est beau. Sa barbe surtout est belle, tous ces petits poils que je vois pousser. Putain, Ben, si t'étais une meuf... Ouais! Je suis excité comme une puce là, j'ai envie de faire l'amour, c'est à peine croyable.
Mon téléphone se met à vibrer...
Ah oui! Dans le monde réel, si ça a un sens de dire ça, s'il existe un autre monde que celui dans lequel on est en ce moment, même si j'ai un doute, il nous faut aller mettre de la tune pour le parking. Heureusement, j'ai un bon sens de l'orientation. On y va et on revient. Lutte de ouf pour se tenir. On s'allonge à nouveau.
D'un coup le soleil se trouve caché derrière de gros nuages noirs. D'un coup, je sens que ce monde qui n'existe pas nous veut pas forcement du bien. La luminosité se modifie, elle diminue et jette un voile obscur sur mes pensées. Il pleut, on décide d'aller s'abriter dans la voiture.
Dans la voiture on est vaseux tous les deux, raide défoncés, mais surtout moi. Monde clos. Je ne sais pas ce qu'il se passe dans ma tête. Ben veut que je roule un joint et je n'y arrive pas. Toutes les deux minutes, je me rends compte que je n'en avance pas, que si je lache l'idée, tout s'envole, et c'est en baissant les yeux sur mon petit matos que je percute à chaque fois que je n'arrive pas à me concentrer. La vue m'hypnotise. Ce que je vois autour de la caisse ne change pas, mais sa signification si! Un coup devant moi j'ai la tour d'une maison, puis celle d'un chateau, puis un minaret, une grosse bite, un sabre, mais ça me semble normal. Je sais que derrière ce décor en carton, il y a le néant, et que quelqu'un construit tout au fur et à mesure de nos déplacements dans la ville à Ben et moi. Le monde physique s'évanouit une fois que je ne peux plus le voir. Dans ma tête tout va très vite, je vois défiler ma vie et toutes les autres vies et je vois que ce n'est rien, que ça n'existe pas, c'est une construction mentale la vie. Je vois que depuis des milliers d'années, les gens vivent et meurent pour rien. Toutes les expériences débouchent sur du vide et ne nous apprennent rien de vrai. On dirait que ce que je vois est un décor sur un papier que je peux plier en petit, mettre dans ma poche, et derrière ce papier, c'est qu'il reste, c'est le néant...
Et d'un coup tout s'enchaine mal. Je sens une odeur de brûlé, je me rends compte que j'ai fini de rouler le joint et que je viens de passer à deux doigts de foutre le feu à mon gilet avec. Au même moment passe un flic de la circulation qui me jette un regard suspicieux à travers la vitre. Sauf que son regard dure une éternité, je me plonge dedans, dans son âme et tout m'est révelé, il va nous arrêter et nous jetter en taule, c'est interdit de gober des champis et d'être en plein trip sur la voix publique. Ils vont prévenir ma famille, mon boss, et on crevera avec Ben derrière des barreaux.
Ben ne comprend pas ce qu'il se passe. Il a le regard perdu et ne pense qu'à une chose en revenant à lui, tirer sur mon joint. Mais je refuse de le lui passer. Je l'éteints dans le cendard et lui dit qu'on va pas jouer la provoc avec les flics. Il tonne, on est en règle avec l'horodateur, les flics peuvent rien contre nous, d'ailleurs il n'est même pas sur qu'ils existent... Il faut remettre de l'argent pour le stationnement dans quelques minutes seulement. Je demande presque à Ben d'y aller, mais j'ai peur qu'il parte sans moi en France, genre à pied, alors j'y vais en prenant le soin de lui voler les clés de la voiture. Je mets l'argent en essayant d'avoir l'air normal, mais je ne sais plus ce que normal veut dire. Je ramène le ticket, et je dis à Ben qu'il faut partir de là pour retourner se cacher au parc, je lui promets que je lui rendrai le joint, mais j'ai peur, très peur...
Pourquoi? parce que je me sens prisonnier, je suis sûr qu'on ne sortira jamais de cette réalité, on est bloqué, on saura jamais quand on est sorti. Je me sens oppressé. Ben me parle, me rassure, et je lui en suis reconnaissant, je me demande comment il peut garder son calme alors que tout le monde nous en veut, et veut nous faire la peau. Je me demande ce qui cloche, ce qu'on peut voir sur mon physique qui me trahit. J'ai une substance pateuse dans la bouche, et on dirait qu'il y a de petites croutes sur mes lèvres et des limaces dans mon nez.
Le monde se réduit au parc, le reste est fiction, mais je ne trouve aucun endroit où je me sente bien. J'allume une clope et je la regarde se consumer. On dirait qu'elle brûle à vitesse normale... C'est déjà ça...
Passe encore une heure où je suis dans cet état. J'ai peur, si on se fait pas arrêter, qu'on fasse une folie, tout semble tellement irréel!! Je suis sûr que ça ne me ferait rien de me jeter dans l'eau, ou sous une voiture, ou de me battre avec les flics, même si je sais que c'est pas normal de penser ça, j'ai peur de mourir en Hollande. Ben rigole et re-tempête parce que je ne veux pas qu'il fume ce putain du joint dans le parc, je lui dis qu'il nous faut faire profil bas, nous faire oublier... On marche, d'un endroit à l'autre, d'un banc au suivant.
Tout se calme enfin, la réalité reste distordue, mais je sens bien que je gère mieux, la phase d'angoisse est passée, celle des hallus visuelles aussi. On repart vers la péniche pour finir de descendre, il est 18h, je lui dis que je refuse qu'on prenne la bagnole avant 20h, d'ailleurs, c'est moi qui garde les clés.
Coffee. Débrief sur mon bad trip, je suis à fleur de peau, j'ai mille choses à dire, j'épuise Ben qui a à son tour une petite chute de moral et de tension. J'enchaine les spliffs et les cafés pendant que tout blanc il essaye de se raccrocher au réel avec quelques difficultés. Il nous faut liquider la fin de la weed avant de passer la frontière, on en garde un peu pour la voiture et voilà.
20h30 décollage de Breda, arrêt McDo (1er repas de la journée) et retour, arrivé Paris à minuit trente, sain et sauf...
-ouais, allez... on va bien se marrer... comme l'an dernier...
-ah ouais!! L'an dernier... OK, on le fait...
voilà, c'est aussi simple que ça de se décider.
niveau logistique il nous fallait pas grand chose: une voiture, une CB en état de marche et une journée entière.
niveau confort, il nous fallait pas grand chose: un lecteur mp3 pour avoir du son durant le voyage, des clopes, de l'eau, un peu de bouffe, un pull au cas où il fasse mauvais
on est parti samedi à 6h30 du mat'. On a eu de la chance, presque pas de circulation pour sortir de Paris.
Deux heures de routes et hop, on est en Belgique.
Encore deux heures et hop, on y est...
On a garé la bagnole au même endroit que l'an dernier, il était 11h, mais on n'est pas allé au smartshop direct, on a préféré aller se poser un peu sur la péniche coffee et établir un plan d'action autour d'un premier spliff.
un gramme de Shiva, un café et un coca pour se décider.
le café c'est pour moi, le coca c'est pour Ben...
la fenêtre à l'avant, avec vue sur le canal, c'est pour nous deux...
très bien, cette fois ce sera pleine dose. Avant midi, qu'on parte pas trop tard ce soir.
Go.
Smartshop. Une boîte de thaïlandais chacun.
Soit environ 4g à avaler.
Ca a l'air de rien, mais bouffer crus 4g de champignons, c'est dégueulasse au possible.
On se pose dans la bagnole, on commence à les couper en petits bouts.
Pour les avaler, ma technique consiste à les macher malgré le goût atroce, et à les déglutir, en ayant pris soin de sucer des pastilles à la menthe auparavant. Celle de Ben consiste à les avaler tout rond avec de l'eau. Je termine en premier, pendant que Ben repeint le tableau de bord d'eau et d'éclats de champ. en s'étouffant à moitié. On décide d'aller se poser dans un coffee en attendant la montée, puis de migrer vers un parc afin de profiter ensuite. L'an dernier la montée avait pris deux heures.
On se pose à une table, dans un coffee.
un gramme de White Widow, un café et un coca pour attendre.
La montée commence, cash. Je panique un peu, l'an dernier on a failli se faire virer de ce coffee tellement on était perché, et je sens que ça arrive. Je me demande comment ça se fait, puisque je les ai pris il y a seulement 30mn... Je bataille un peu et j'arrive à convaincre Ben qu'il faut se tirer. On avale rapido nos boissons, on écrase le spliff, et exit.
Dehors, rue, crise de rire, mal aux côtes et aux abdos.
Le parc? On y arrive, on dirait le parc de la Belle au Bois Dormants, alors qu'il est très quelconque en vrai. On s'asseoit dans l'herbe. Il y a un peu de monde autour de nous, des gens qui nous regardent bizarrement. On s'allonge au soleil. J'avais jamais fait attention aux couleurs ici. Là, j'en vois une multitude, une cascade de nuances que je perçois... Mille dégradés de vert, de rouge, de bleu, de jaune.
-tu vois ce que je vois?
-ouais, je crois bien...
Allongés sur le dos, on regarde le ciel. Au-dessus de moi, je vois bien que le ciel n'est fait que de dizaines de couches superposées, comme sous Photoshop avant d'applatir l'image. Les nuages me font coucou, et dansent devant mes yeux. J'entends une cloche d'église qui sonne sans jamais s'arrêter. Les rayons du soleil descendent vers moi en rigolant, ils me caressent la peau, ils sont gentils...
Je me redresse. Seuls Ben et moi existons. J'ai beau essayer de fouiller, je ne suis pas capable de penser à autres choses qu'à Ben et moi. Le reste est une fiction de nos sens, c'est sûr. On se met à rire un peu, trop fort, on SAIT tous les deux que rien n'existe. Rien du tout. Le monde est une fiction, Breda n'existe pas, ce pays n'existe pas, ces gens n'existent pas. Rien d'autre n'existe en vrai que nous deux. Fantaisies que le reste!!
Mais d'où viennent ces gens qui passent? Ils font partie de spectacle. Des tas de gens, mais surtout plein d'handicapés en fauteuil, qui passent et repassent devant nous. Breda est la ville du monde où il doit y en avoir la plus grande concentration, c'est pas possible autrement...
Bizarrement, j'ai le temps de détailler tout le monde, mais je m'attarde surtout sur les filles, même si globalement, les hollandaise, hein, on s'est compris... Et là, je me rends compte que toutes ou presque me jettent un petit regard. On me jette des petits regards comme ça en France aussi, mais là ça dure longtemps pour un petit regard, et je vois tout avec précision, où se posent les yeux, ce qu'ils pensant, ce qu'ils détaillent, ce qu'ils aiment et n'aiment pas, etc. J'allume mon mp3 sans mettre les écouteurs et je regarde passer les secondes. Elles durent au moins le triple de d'habitude. Ca veut dire que dans chaque seconde, je peux faire plein de chose, voir mille détails que je ne vois pas d'habitude. C'est impressionnant. Ben ressent les mêmes choses que moi. Wahou!!
Il est gentil Ben. D'ailleurs tout le monde est gentil. Je sais que je peux me lever et aller dire à tous ces gens qui passent que je les aime, mais ça sert à rien parce qu'ils n'existent pas de toutes façons. Je regarde Ben. Il est beau. Sa barbe surtout est belle, tous ces petits poils que je vois pousser. Putain, Ben, si t'étais une meuf... Ouais! Je suis excité comme une puce là, j'ai envie de faire l'amour, c'est à peine croyable.
Mon téléphone se met à vibrer...
Ah oui! Dans le monde réel, si ça a un sens de dire ça, s'il existe un autre monde que celui dans lequel on est en ce moment, même si j'ai un doute, il nous faut aller mettre de la tune pour le parking. Heureusement, j'ai un bon sens de l'orientation. On y va et on revient. Lutte de ouf pour se tenir. On s'allonge à nouveau.
D'un coup le soleil se trouve caché derrière de gros nuages noirs. D'un coup, je sens que ce monde qui n'existe pas nous veut pas forcement du bien. La luminosité se modifie, elle diminue et jette un voile obscur sur mes pensées. Il pleut, on décide d'aller s'abriter dans la voiture.
Dans la voiture on est vaseux tous les deux, raide défoncés, mais surtout moi. Monde clos. Je ne sais pas ce qu'il se passe dans ma tête. Ben veut que je roule un joint et je n'y arrive pas. Toutes les deux minutes, je me rends compte que je n'en avance pas, que si je lache l'idée, tout s'envole, et c'est en baissant les yeux sur mon petit matos que je percute à chaque fois que je n'arrive pas à me concentrer. La vue m'hypnotise. Ce que je vois autour de la caisse ne change pas, mais sa signification si! Un coup devant moi j'ai la tour d'une maison, puis celle d'un chateau, puis un minaret, une grosse bite, un sabre, mais ça me semble normal. Je sais que derrière ce décor en carton, il y a le néant, et que quelqu'un construit tout au fur et à mesure de nos déplacements dans la ville à Ben et moi. Le monde physique s'évanouit une fois que je ne peux plus le voir. Dans ma tête tout va très vite, je vois défiler ma vie et toutes les autres vies et je vois que ce n'est rien, que ça n'existe pas, c'est une construction mentale la vie. Je vois que depuis des milliers d'années, les gens vivent et meurent pour rien. Toutes les expériences débouchent sur du vide et ne nous apprennent rien de vrai. On dirait que ce que je vois est un décor sur un papier que je peux plier en petit, mettre dans ma poche, et derrière ce papier, c'est qu'il reste, c'est le néant...
Et d'un coup tout s'enchaine mal. Je sens une odeur de brûlé, je me rends compte que j'ai fini de rouler le joint et que je viens de passer à deux doigts de foutre le feu à mon gilet avec. Au même moment passe un flic de la circulation qui me jette un regard suspicieux à travers la vitre. Sauf que son regard dure une éternité, je me plonge dedans, dans son âme et tout m'est révelé, il va nous arrêter et nous jetter en taule, c'est interdit de gober des champis et d'être en plein trip sur la voix publique. Ils vont prévenir ma famille, mon boss, et on crevera avec Ben derrière des barreaux.
Ben ne comprend pas ce qu'il se passe. Il a le regard perdu et ne pense qu'à une chose en revenant à lui, tirer sur mon joint. Mais je refuse de le lui passer. Je l'éteints dans le cendard et lui dit qu'on va pas jouer la provoc avec les flics. Il tonne, on est en règle avec l'horodateur, les flics peuvent rien contre nous, d'ailleurs il n'est même pas sur qu'ils existent... Il faut remettre de l'argent pour le stationnement dans quelques minutes seulement. Je demande presque à Ben d'y aller, mais j'ai peur qu'il parte sans moi en France, genre à pied, alors j'y vais en prenant le soin de lui voler les clés de la voiture. Je mets l'argent en essayant d'avoir l'air normal, mais je ne sais plus ce que normal veut dire. Je ramène le ticket, et je dis à Ben qu'il faut partir de là pour retourner se cacher au parc, je lui promets que je lui rendrai le joint, mais j'ai peur, très peur...
Pourquoi? parce que je me sens prisonnier, je suis sûr qu'on ne sortira jamais de cette réalité, on est bloqué, on saura jamais quand on est sorti. Je me sens oppressé. Ben me parle, me rassure, et je lui en suis reconnaissant, je me demande comment il peut garder son calme alors que tout le monde nous en veut, et veut nous faire la peau. Je me demande ce qui cloche, ce qu'on peut voir sur mon physique qui me trahit. J'ai une substance pateuse dans la bouche, et on dirait qu'il y a de petites croutes sur mes lèvres et des limaces dans mon nez.
Le monde se réduit au parc, le reste est fiction, mais je ne trouve aucun endroit où je me sente bien. J'allume une clope et je la regarde se consumer. On dirait qu'elle brûle à vitesse normale... C'est déjà ça...
Passe encore une heure où je suis dans cet état. J'ai peur, si on se fait pas arrêter, qu'on fasse une folie, tout semble tellement irréel!! Je suis sûr que ça ne me ferait rien de me jeter dans l'eau, ou sous une voiture, ou de me battre avec les flics, même si je sais que c'est pas normal de penser ça, j'ai peur de mourir en Hollande. Ben rigole et re-tempête parce que je ne veux pas qu'il fume ce putain du joint dans le parc, je lui dis qu'il nous faut faire profil bas, nous faire oublier... On marche, d'un endroit à l'autre, d'un banc au suivant.
Tout se calme enfin, la réalité reste distordue, mais je sens bien que je gère mieux, la phase d'angoisse est passée, celle des hallus visuelles aussi. On repart vers la péniche pour finir de descendre, il est 18h, je lui dis que je refuse qu'on prenne la bagnole avant 20h, d'ailleurs, c'est moi qui garde les clés.
Coffee. Débrief sur mon bad trip, je suis à fleur de peau, j'ai mille choses à dire, j'épuise Ben qui a à son tour une petite chute de moral et de tension. J'enchaine les spliffs et les cafés pendant que tout blanc il essaye de se raccrocher au réel avec quelques difficultés. Il nous faut liquider la fin de la weed avant de passer la frontière, on en garde un peu pour la voiture et voilà.
20h30 décollage de Breda, arrêt McDo (1er repas de la journée) et retour, arrivé Paris à minuit trente, sain et sauf...
commentzzz