...

« L’engagement de l’écrivain est une justification : une tentative pour faire croire que c’est grave d’écrire, que ça compte, que ça change quelque chose au monde. Ce qui est vrai en ce sens que n’importe quel acte change quelque chose au monde, même d’éternuer. Mais ne grossissons pas l’importance des éternuements littéraires. Manier une mitraillette ou une charge de plastique reste une activité plus efficace, plus lourde de responsabilité et plus intense »
    G. Hyvernaud, feuilles volantes

lu et aimé:

par genre

Recherche

sur l'instant

Mercredi 1 mars 2006 3 01 /03 /2006 23:47

On en parle depuis longtemps, avec I_T entre autres, et je comprends enfin le sens de l'idée. Ecrire, s'impliquer dans ce que l'on crée, demande un certain degré d'urgence.
On ne décide pas vraiment de se mettre à écrire. C'est pas quelque chose qu'on note sur son agenda le matin pour le soir vers 21h après les infos. Ca, c'est pour la phase où on travaille son style. C'est les devoirs en quelques sortes. Et encore... S'entrainer pour progresser demande rigueur et discipline, donc rien à voir avec l'envie d'écrire comme une réunion au taf ou une envie de chier.
Ecrire, et surtout écrire parce qu'on a quelque chose à dire, c'est instinctif. Ca jaillit d'un coup ou pas. Surtout si on veut sentir que c'est la viande qui parle. Ca ne veut pas dire que dès qu'on tient une idée il faut se jeter sur un bout de papier. On doit éprouver une idée avant d'écrire, lui faire vivre sa petite vie théorique, voire même physique, la tester, résistance, souplesse, épaisseur, valeur. Mais l'acte physique d'écrire, le stylo dans la main, les doigts qui galopent sur le clavier, lui, il doit jaillir. Il doit avoir quelque chose d'animal, du même ordre que tuer ou se reproduire. On doit écrire parce que demain on sera peut-être mort, et que dans l'immédiat rien n'a plus d'importance que cet acte.
Kerouac, sur la route, ce n'est rien d'autre. De la distance, et un immense jet continu bouillonant. Un degré d'urgence tel que le bouquin fut plié en trois semaines! Ca roule pas du cul pendant des heures parce que ça veut jouer l'artiste.
Lorsqu'on ne peut donc pas s'y consacrer totalement, lui offrir son corps des journées entières, l'écriture ne peut pas être, d'un point de vue créatif, un acte quotidien. On ne produit pas à la chaîne.
En un sens, c'est l'exact opposé de l'univers des blogs, univers globalement dominé par les statistiques, où la fréquentation devient une fin en soi. L'écriture n'y est pas une urgence, elle y est simplement un moyen. Une pièce, au sens industriel, que l'on insère dans la machine pour obtenir le produit fini, une stat, qui se propose de répondre à un besoin (si ce n'est pas le cas, on n'utilise pas la machine), ici de reconnaissance. Le concept du bonbon sur 20six le prouve délicieusement.
Sur les blogs, on écrit beaucoup, mais souvent on n'y aime en fait pas les mots. On fonctionne par note très courte, pour affiche rapidement son existence et créer du trafic (fil rss...), ou alors par grands notes dépressives, où la longueur sert de repère qualitatif.
Je ne me sors pas du lot quand j'écris tout ça. Indéniablement, mon but premier était que mes amis fréquentent mon blog, et j'accordais de l'attention aux stats. A la relecture, et au moment de migrer vers ici, je me suis rendu compte que finalement peu de notes méritaient de survivre. Beaucoup n'avaient rien à dire.
Sur le fond, l'importance de l'urgence est généralisable de l'écriture à toute action. Plus on laisse son cerveau loin au moment d'agir, au moment d'être, plus le corps prend toute sa dimension, et plus l'impact que l'on a sur le réel est important.

Par n. - Publié dans : sur l'instant
Ecrire un commentaire - Voir les 15 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus