...

« L’engagement de l’écrivain est une justification : une tentative pour faire croire que c’est grave d’écrire, que ça compte, que ça change quelque chose au monde. Ce qui est vrai en ce sens que n’importe quel acte change quelque chose au monde, même d’éternuer. Mais ne grossissons pas l’importance des éternuements littéraires. Manier une mitraillette ou une charge de plastique reste une activité plus efficace, plus lourde de responsabilité et plus intense »
    G. Hyvernaud, feuilles volantes

lu et aimé:

par genre

Recherche

écrits

Vendredi 16 septembre 2005 5 16 /09 /2005 10:58
J’ouvre la porte, et je jette les clés sur le petit meuble de l’entrée. Cinq heures du mat’ ! Je suis claqué, la bouffe était excellente – je ne connaissais pas ce talent à mon ancienne boss - et l’alcool aussi ! Apéro champagne, repas au blanc et prune pour digérer… J’ai mis le réveil dans deux heures, et je sens que ce sera chaud d’ouvrir les yeux. Il me reste mon sac à faire, mais je n’ai pas grand-chose à emporter : un pull et un gilet, de la flotte, du PQ, de quoi fumer à l’aller, et surtout du son. J’allume le pc et je transfère quelques fichiers vers le zen, puis je me couche. Ben sera bientôt là avec son frangin, et ce sera reparti pour une journée de déglingo.

Le trajet se passe bien, faut dire qu’on commence à bien connaître la route. On passe par Bruxelles pour esquiver la circulation aux abords de Lille, grande braderie oblige. Je suis à l’avant avec Ben qui conduit. Niko, son frangin, est à l’arrière. Il dort un peu ; je l’envie, mais je n’ai pas vraiment sommeil, même si je suis en manque. La BO est une alternance entre le son de Ben et le mien. Je découvre Dub Side of the Moon, la version dub de l’album de Pink Floyd, et pas mal d’easy listening, qui à défaut d’être vraiment convaincant laisse au moins à mon cerveau la possibilité de ne pas trop grignoter le glucose dont j’aurai besoin plus tard. Je lui passe un peu de mes dernières acquisitions, dont Sole, mais je sens que l’ambiance n’est pas trop au hip-hop chelou. Au fond d’un sac en plastique dans lequel Ben a ramené du chocolat, je trouve également, surprise improbable, un fond de bouteille de Zub. J’l’ai sorti du frigo ce matin en prenant le chocolat. Ah ouais ? Mais c’est pas bon avec les champix l’alcool. Ca brise le truc, ça te fait redescendre. Regard complice, lichage complice, voilà une pub qui ferait vendre mais qui n’aurait rien de légal. On peut plus trop rire par chez nous finalement . L’humour se perd, alors qu’au contraire le plan se dessine, mais il faut dire que j’ai bossé hier à préparer tout ça, pas envie de me payer une nouvelle phase d’aliénation dans Breda. Cette fois on ira vers la province de Zélande, au sud ouest du pays. J’ai repéré une petite ville en bord de mer avec des forêts, à 40 bornes de Breda, merci mappy. On se cherchera un coin désert, loin de tout, pour taper notre coma.
Le ciel est bas, j’ai peur qu’il fasse mauvais, et surtout qu’il pleuve, mais ce n’est pas encore le cas, et s’il faut, là-bas il fera un soleil magnifique. On fait une pause en Belgique, et c’est moi qui prend le volant pour les derniers 50 kilomètres ; Ben commençait à nous faire peur à rouler à 170 sur les routes belges limitées à 110. Il est excité le petit ; faut dire que depuis notre dernier trip il y a cinq semaines , il n’a pas touché un seul psychotrope, et il sort juste de sa dernière semaine d’exams. Je reste admiratif devant cette volonté que je n’ai pas, mais je ne vais pas jusqu’à l’envier..
Une fois arrivés à Breda, comme à notre habitude, on commence par aller tirer des sous, puis on va se poser sur le coffee péniche. Sachant qu’on ne reviendra pas, on décide de faire toutes les courses de fumette de la journée : je prends un gramme de White Widow, un d’Afghan et un de Pakistanais ; Ben prend deux grammes de White Widow et un gramme de Turc. Son frangin ne fume pas aujourd’hui par contre, car lundi il passe des exams médicaux, et il bosse pour l’armée, donc autant éviter de se faire lever. Lui n’est venu que pour les champix, il n’en a jamais pris, même s’il semble par contre être un habitué des produits chimiques. Chacun sa spécialité, son rapport au(x) corps. On fume un splif chacun avec Ben en buvant un café. Lorsqu’on sort, Ben est déjà bien déchiré. Il sourit béatement, et râle après nous, prétextant que nous marchons trop vite, mais je lui fais remarquer que le temps passe, qu’il est déjà une heure, et qu’il faut qu’on se dépêche un peu si on ne veut pas partir trop tard, car il nous faudra attendre d’être bien redescendus avant de pouvoir reprendre la voiture ce soir pour rentrer à Paris. Je ne change pas, je fais un peu mon papa. Je prends soin de moi. On passe dans un supermarché faire quelques courses, puis on déboule au smarthop. On se décide à acheter des équatoriens, 15€ par personne. Aucun de nous n’a jamais pris de ceux-là, on verra bien ce que ça donne ! On verra si on revient. Retour à la bagnole, qu’on démarre, direction Bergen Op Zoom. Les choses sérieuses commencent

Le trajet est vite fait. Sortie 27. Navigation dans les environs, petite route secondaire, camping à proximité, cyclistes hollandais en vacances. Finalement, on tombe sur un petit chemin, qui nous mène sur un petit parking, au bord d’une immense plage de sable en contrebas. A l’arrière de cette plage se dessine une petite forêt, et ça nous semble être le coin idéal ce mélange de petit et d’immense. On laisse tout ce qui est précieux dans la caisse : permis, carte d’identité, CB… J’essaye de me poser les questions qui m’éviteront de continuer plus tard. On traverse le sable. On pensait trouver la mer devant lui, mais il n’y a qu’un espèce d’étang à moitié sec et sûrement plein de poissons tout crevés. Quelques promeneurs en font le tour. Alors que nous pénétrons sous les arbres, une ribambelle d’enfants prend pied sur la plage, ainsi que deux accompagnateurs. Apparemment, on ne sera pas complètement seul, tant pis, maintenant qu’on est là… faudra qu’ils nous supportent, mais on fait pas machine arrière. Alea jacta est. (pour ceux qui ne parlent pas latin, ça veut dire allons jusqu’à l’Est, direction que nous prenions, bizarrement pour finir à l’ouest…)
Le soleil pointe le bout de son nez. Les bois sont assez vallonnés et parcourus par de nombreux sentiers. Je remarque des crottes de cheval et des traces de pneus de vélo… L’endroit n’est finalement pas si désert que ça, sûrement un coin où viennent les familles le week-end… On se pose au sommet d’une bute, à une vingtaine de mètres de la plage, que nous surplombons et nous nous apprêtons à débuter notre repas.
J’ai trouvé en farfouillant sur le net une solution à notre problème principal. Elle est tellement simple que je me demande comment nous avons fait pour ne pas y songer plus tôt. Afin de ne pas subir de goût immonde des champix, il suffit de les avaler avec du yaourt… Le temps que nous les coupions en petits morceaux, ils sont déjà devenus tout bleu et leur odeur nous donne envie de vomir. Je pense à des boules de pus. Je pense aux poissons tout crevés. Je pense à des matières en décomposition. On se demande comment la première personne à en avoir ingéré à bien pu, sans savoir de quoi il retournait, arriver à les avaler…
D’où vient cette envie de prendre des champix ? Pour ma part, la réponse se trouve dans un petit bouquin de Huxley, dont les Doors ont tiré leur nom : les portes de la perception. La théorie de Huxley est simple : contrairement à l’idée communément admise selon laquelle le cerveau est l’outil qui nous permet d’appréhender le monde, il soutient qu’au contraire le cerveau est un filtre. Le monde déverse sur nous en permanence une telle quantité d’informations, qu’il lui faut dresser une barrière sans laquelle il « exploserait » sous la quantité impressionnante de données à traiter. Toujours selon lui, ce type de drogue vient briser ce filtre, et laisse passer la totalité de l’information. Il donne accès au réel pour simplifier à l’extrême. Voilà ce qui m’a motivé à chaque fois. Voir un autre monde pendant quelques heures. Ou le visiter empiriquement.
Les voilà donc qui glissent vers mon estomac, tranquillement, au milieu de la substance velouté et des arômes de vanille artificielle que l’on croise dans toutes sortes de produit industriel. Pour Ben et Niko, ce sera fraise. Les mots perdent leur sens, le langage se galvaude. Je termine le premier, Niko le second, et Ben bon dernier. Son frangin, qui a pensé à prendre une caméra vidéo dotée d’un infrarouge qui pour le moment ne sert strictement à rien, son frangin donc le filme alors qu’il lutte pour avaler et crache des jets de yaourt qui viennent maculer son visage et ses fringues en explosant en l’air. Inutile d’épiloguer, il termine. Voilà, il ne reste plus qu’à attendre. Je roule un joint histoire de patienter, Ben et Niko se vannent comme des frangins, et comme ils le sont ils auraient bien tort de s’en priver – qui êtes-vous pour les juger ? - puis se posent par terre comme moi. Ressentant le besoin d’appuyer notre dos sur quelque chose, nous nous rapprochons un peu de la plage pour trouver trois arbres où nous appuyer, mais comme je prends le meilleur et dresse mon petit confort à l’aide de mon sac contenant mon pull et mon gilet pour ma nuque, ils se décident juste à s’allonger près de moi.
La digestion est rapide, et le décollage brutal. D’un coup, plus aucun de nous n’a la force de continuer à parler. On lance de temps en temps un ça va ? pour s’assurer que personne ne s’est endormi, mais c’est tout. Dans mon champ de vision, je ne vois que la cime des arbres, et elle se transforme. Je vois avec une incroyable précision les aiguilles au bout des branches, alors qu’elles sont à une dizaine de mètres de hauteur. Le vent les fait danser un peu, et lorsque je garde les yeux fixes, tout cela se transforme ; l’alternance entre trous vers le ciel et masses sombres d’aiguilles devient une cathédrale. Je suis à l’intérieur et je regarde vers le sommet. Mis à part les mûrs porteurs (les troncs…) qui sont fait de pierre, le reste n’est composé que de vitraux souples qui ondulent sous le vent. On dirait une cathédrale transportable, comme on pourrait en imaginer en héroïc-fantaisy, pour partir en croisade égorger n’importe qui n'importe où. Les dessins sur les vitraux racontent des scènes bibliques mouvantes, comme des vidéos, et des scènes de guerre. IRL, le soleil tombe sur mon ventre, et la sensation de chaleur est intense et réconfortante. Je me sens bien, je regarde, j’observe, j’enregistre les détails. Dès que mes yeux bougent, la vision disparaît et reprend forme dès qu’ils s’immobilisent à nouveau. Ben et Niko rigolent doucement ; chacun dans son trip. On finit par se redresser sur les coudes, on parle un peu et ils se marrent de plus belle quand je leur parle de mon histoire de cathédrale. Ils ne peuvent pas comprendre, et je me marre d’incompréhension aussi quand ils racontent les visions qu’ils ont. Putain de produit, ça c’est de la drogue dure, ils sont ouf dans ce pays sera la conclusion partielle de Ben, qui ne sait pas encore ce qui l’attend… On reste encore un moment allongés. Je sors mon lecteur et fixe mes écouteurs. Pour retrouver ma petite vision, j’ai envie de me coller dans une ambiance assez douce et épurée, soit là l’enregistrement de Joanna Newsom et de sa harpe. Les murs flottants de vitraux reviennent gentiment. Je scotche, ça turbine à fond dans mon corps et dans mon cerveau. Glucosal breakdown. J’ai la bouche grande ouverte dans un demi-sourire idiot, les yeux fixes. Je tente pour voir si j’y arrive de penser à autre chose, le taf, les amis, un souvenir, mais c’est peine perdue. Je ris, tout ça est surréaliste, c’est trop fort. Sans que j’y fasse gaffe, les deux frères se sont levés et Niko me filme. Mais je sais que l’œil optique n’enregistrera de moi que ce que mon corps donne à voir, soit un spectacle que je trouverais pitoyable, alors que celui dans ma tête est le plus intéressant, et que lui est loin d’être inconséquent.
On décide de bouger vers la plage. Avant de me relever, je m’émerveille sur un vol d’une dizaine d’oiseaux qui passent dans le ciel au même moment. Ils ressemblent à un grand boomerang, et je sais qu’ils ont vécu toute une vie pour arriver à ce moment, pour me croiser, et c’est émouvant. Une fois debout, je constate que mon corps prend vraiment cher, je suis fatigué, les membres lourds, et je fais très attention à ne pas tomber en marchant. Sur le sable, le soleil tape comme un malade. Immédiatement, je me sens oppressé. Ca va pas, merde, merde, merde. Putain, je vais repartir en bad trip. Je ne dis rien. Ben et Niko se marrent comme des baleines et racontent des conneries. Je feinte, je fais semblant de renchérir, mais je me sens comme une petite fleur fanée qu’on piétine au bord d’un faussé ordinaire. Ben s’installe, Niko part pisser dans les bois (et je me demande ce que ça me ferait, là, de me toucher la bite), et au bout de deux minutes je replis mes affaires et je pars dans sa direction. Mais pas pour ce que vous croyiez. Je gravis le petit talus qui sépare la plage de la forêt et me pose sous le premier arbre que je trouve, dos à la plage. Niko rejoint Ben, ils ne sont qu’à quelques mètres de moi. Je les écoute parler, mais ça parle plus fort dans ma tête. Je lutte contre une horde que je sens en phase de conquête. Toutes les idées de vide qui surgissent dans ma tête, je les connais déjà, je les ai ressenti la dernière fois. Pourtant, elles sont tout aussi puissantes et je les ressens, je les vis avec le même sentiment de vérité. Impression de ne pas pouvoir se mentir.. Elles sont réelles, elles sont ma vie ces pensées ; une vision de ma vie, et cette vie c’est de la merde, je ne fais rien, je suis un raté total, un faux-traitre, un bourgeois en puissance plein de complaisance. Un jeteur de poudre aux yeux. Un minable ordinaire sous les dessous d’un angelot fringué en vieux tweed miteux. J’essaye de me concentrer sur des points positifs, mon changement de taf, mes vacances à venir, n’importe quoi, mais rien n’y fait. J’entends les garçons qui parlent, mais leurs paroles ne font pas de sens. La vague déferle, lourde, violente. Les garçons finissent par remonter alors que je louche sur une branche qui pendouille avec insistance et méchanceté à 15 centimètres de ma gueule. Eux aussi ont trop chaud au soleil, et quand ils me demandent si ça va, pour ne pas les affoler, je ne trouve à leur répondre que je subis les mecs, putain, je subis, je prends super cher… et ils se marrent. Niko s’enfonce un peu dans les sous-bois et nous invite à le rejoindre. Il nous dit que là où je suis, je regarde vers le fond de la forêt, et la lumière est dégueulasse. La lumière ! Putain, comment j’y ai pas pensé plus tôt ? C’est à cause d’elle que je suis parti en vrai bad la dernière fois. Je me redresse comme je peux, soit difficilement, et je vais squatter le premier arbre dispo dans un triangle délimité par trois pistes dans le sol.
Là ça se rétablie rapidement et s’étirent trois heures durant lesquelles le temps ne passe jamais à la même vitesse. Nos trois cerveaux pédalent dans le vide, on est vaseux, on rigole bêtement, les muscles du visage se crispent nerveusement, on dort à moitié mais pas vraiment, tout dépend, tiens, j’avais pas vu ça, ôôô comme c’est beau, putain, Niko, t’es trop foncedé,y sait même plus faire fonctionner sa caméra l’autre, et Niko se marre en s’acharnant sur le petit écran vidéo, et je me marre, et Ben est trop mort pour se redresser mais il frétille de rire sur le sol comme un poisson sur du sable. Je veux penser à quelque chose mais je sais plus quoi, ni même si c’était important, il fait encore chaud, je me cache derrière mes lunettes depuis le début en prévision de ce moment qui arrive finalement, celui du contact avec Autrui…
Rien de métaphysique, le autrui est un quelqu’un qui se glisse dans votre trip par le vrai côté de la réalité et avec une pointe de naïveté et de candeur qui lui donne un aspect touchant s’il n’est pas hollandais au moment où il découvre ce qu’il se passe. D’un coup, un chien aboie alors qu’aucune caravane ne passe, et la puce du chien à l’oreille, je me retourne pour voir un gros berger allemand derrière Ben, qui s’est redressé pour lui alors que c’est un total inconnu. Ben ne bouge pas, Ben se statufie, se fige comme un mauvais jus. Ben a le chien dans le dos, et il nous regarde. Son visage ne reflète aucune expression due à la situation. Son visage est un visage de drogué en plein trip, mais il pige qu’il se passe quelque chose. Par la colline derrière Ben débarquent deux putains de hollandais look genre mon tailleur c’est Hitler, et mon coiffeur aussi. Blond, le poil court, les yeux brillants, maîtres et chien se ressemblent. « No, No… NO…NAAA OOOWWW !!! » Le hollandais n°1 hurle à son chien qui aboie. Parmi nous, aucun ne bouge. Nous sommes des mannequins, des modèles. Ceci n’arrive pas. Pas vraiment. Pas trop. Pas suffisamment. Peut-être un peu quand même, mais on manque de preuves, d’informations. On ne fait rien, si on bouge on risque de manquer la suite. Comme mater la téloch quoi. Puis si je bouge, c’est grillé qu’on est mort, et vu que déjà ils ont pas l’air de trop nous aimer dans ce pays, si en plus ils se rendent compte qu’au-delà de squatter leurs coffees on vient aussi pourrir comme des gros déchets sur leurs plages familiales et promenadières à cause des produits qui sont chez eux en vente libre, c’est la fin du monde. Inutile d’épiloguer, le chien a fini par partir après avoir menacé Ben des crocs pendant cinq bonnes minutes. On a enfin échangé un regard tous les trois, juste pour s’assurer que les autres avaient vu aussi, et que ce n’était pas une hallu de ouf… En plus d’eux trois, on a aussi eu droit à des mecs en VTT (regards échangés drogués vs sportif), des gars qui courraient en tenues fluo moulantes, un groupe à cheval, une classe d’enfants en balade.
Vers 18h, on a fini par émerger un peu, dans le même ordre qu’au départ. On est parti se poser sur la plage déserte. Plus personne, ni dans les bois, ni devant nous. Au niveau du parking, il y avait peut-être une bagnole en plus de la notre. Calme.
Là, on se sent bien. On se fait prendre par une grosse vague de sérénité, aussi violente en intensité que les précédentes, mais plus simple à gérer. On bavarde un peu tous les trois ; le sable, l’eau, le soleil qui se couche, on se sent en vacances. Je ressens le besoin de m’isoler, comme à mon habitude, pour mieux profiter du moment. Je me roule un énorme joint avec la moitié de ma weed, parce qu’au final on a très peu fumé, voire pas du tout depuis le moment où les champix ont fait effet ; et là j’en ai vraiment envie, et je fixe à nouveau mes écouteurs, et j’écoute à nouveau Joanna Newsom, et j’allume mon joint, et je marche dans les sables, d’abord la petite partie en pente puis la plage à proprement parler, et c’est fantastique. Je me parle et j’écris des livres, et j’écoute la harpe qui me fait planer et cette voix de chat qu’on fait hurler et qu’on ne savoure complètement que passé le premier moment, et ces mélodies qui viennent pourtant bien de quelque part, de quelqu’un que j’aurais pu être, et ce monde qui finalement est parfaitement à sa place, et le soleil qui se couche et que je trouve beau, et tous ses reflets sur l’eau, et les quelques rangées de roseaux qui font terriblement vrais, et très loin mais bien visible au fond, sous la boule de feu, ces cheminés de paysages industriels qui font terriblement faux, mais qui peuvent avoir leur esthétique comme une maladie ou un meurtre, et toutes ces choses entre mes mains, toutes ces choses à réaliser sur un temps aussi court qu’une vie si la science n’en avance jamais plus, et Alice que je regarde en face en fermant les yeux et que j’aime, et le réseau humain autour de moi, cette galaxie qui gravite autour que moi et inversement, et toutes les combinaisons, toutes les probabilités, toutes les chances, et toutes les chutes, et pourtant. Et avec.
J’ai envie enfin de retourner leur parler de ce que je pense, mais je veux garder la musique, et je vais pas faire le relou qui parle avec son casque, alors je m’accorde encore quelques minutes où je me repasse ce morceau 3 dont j’ai la flemme de regarder le nom défiler sur l’écran du lecteur mais que j’aime déjà comme un ami. On parle de partir, on parle qu’on se sent bien, et je regrette de ne pas avoir plus de temps pour profiter de ce moment en solo. Au moins la fin de chute du soleil, comme une fin de trip, un truc symbolique. J’arrive à les convaincre, je ne sais pas s’ils en ont vraiment envie ou pas, mais peu m’importe, c’est ce que je veux. Je repars errer. Je danse même un peu, chose étrange pour moi.

On reprend la bagnole, ainsi que l’autoroute et nos souvenirs. Un nouveau vol d’oiseaux, dans notre état de béatitude, vient comme saluer notre départ de son escorte sur quelques kilomètres, nous les regardons à travers le pare-brise, Niko et moi. Ben comate à l’arrière, il a eu un pur trip, de très bonnes sensations tout le temps, et j’ai bien parlé avec lui avant qu’on reparte, pendant que le frangin filmait je ne sais quoi à côté de l’étang. Comme moi il analysait, mais avec sa formation, il me parlait de tout ça côté physiologique et médical. Je comprenais pas tout, mais ça me fascinait de voir tous ces mots différents et compliqués qu’il connaît. J’ai écouté et admiré la fontaine. Mais là il a besoin de récupérer. On se dit qu’il serait temps de faire un premier vrai repas, à huit heures trente du soir. Dans une station service, je lutte avec mon anglais et une vendeuse pour qu’elle nous explique où en trouver un, mais alors que nous réussissons à traverser tout le putain de dédale de cette maudite ville, on n’arriverons jamais à trouver l’entrée du McDo, alors que nous le voyions. Tant pis, on laisse pour le moment. On verra plus loin.
Plus loin ce sera finalement Anvers, soit pas loin. Mais Niko est nerveux, il prend la tête à Ben sur une connerie. J’essaye de les calmer sans prendre partie, bêtement, juste que j’ai pas envie de faire d’effort. Vieilles histoires de drogués. On tombe dans la parodie. Je ne veux pas le savoir. On mange, ils se calment, tout va mieux. Chacun s’enferme dans sa tête pour le reste du trajet. Hier j’étais chez ma boss. Je souris. La vie ! Je suis content. J’imagine que c’est moi qui avale les bandes blanches. Tout est perdu jusqu’ici. Tout est heureusement encore à faire.
Par n. - Publié dans : écrits
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus