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« L’engagement de l’écrivain est une justification : une tentative pour faire croire que c’est grave d’écrire, que ça compte, que ça change quelque chose au monde. Ce qui est vrai en ce sens que n’importe quel acte change quelque chose au monde, même d’éternuer. Mais ne grossissons pas l’importance des éternuements littéraires. Manier une mitraillette ou une charge de plastique reste une activité plus efficace, plus lourde de responsabilité et plus intense »
    G. Hyvernaud, feuilles volantes

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Samedi 22 octobre 2005 6 22 /10 /2005 12:18
Samedi matin. On se réveille et on a le sentiment d'avoir une vie devant soi. Deux putains de jours libres!! Quarante huit heures pendant lesquelles on ne vend pas son temps. Il est à nous, on en fait ce qu'on en veut.
Alors on se réveille, sur le coup des 10h. On est encore un peu fatigué mais on sait qu'on aura du mal à se rendormir. On entend les voitures qui passent, en bas, dans la rue. On s'habitue peu à peu à l'obscurité et la géographie de la pièce prend forme. Là le carton du menu McDo qu'on a pris à emporter hier soir, qu'on a pu ramener assez vite pour qu'il ne soit pas encore froid et qu'on a mangé en regardant le concert de Devendra Banhart sur France4. L'ordinateur qui dort encore, les canapés, la bibliothèque, la porte de la cuisine, la téloch, la table basse et son bordel, le cendrier, le joint qui en dépasse encore. On s'en saisit en allumant la chaine. On se met un disque calme, comme Moon Safari de Air en été, ou Carbon Glacier de Laura Veirs en hiver. On peut aussi écouter le dernier qu'on a acheté parce qu'on ne le connait pas encore assez bien et qu'on a envie de le faire tourner sans fin. On peut mettre beaucoup de choses en vérité.
La molette du briquet fait un bref crrrrr et la flamme vient chatouiller le reste de cendre au bout du joint. On est toujours surpris par la première latte, parce qu'elle est plus lourde, et on tousse un peu. En même temps qu'on décolle, on se dit qu'on regrette quand même un peu d'être seul dans ce lit à faire ça; on se souvient des fois où on le faisait à deux ou à plus, et qu'on le faisait plusieurs fois dans la semaine parce qu'on était étudiant et qu'on s'en foutait un peu. On pense à ça en continuant à fumer tout seul. On sent vraiment la fumée et on se souvient qu'on parle d'une odeur lourde pour ça, et on se dit que l'expression, sans qu'on puisse l'expliquer, est sacrément bien trouvée. On sent que le THC fait son effet, alors quand on a fini, on se renfonce sous la couette, et on se rendort un peu.
Vers 11h, on se réveille à nouveau. On se sent un peu vaseux, mais ça va. On se dépêche de se lever et d'activer son corps pour achever le réveil. On va pisser. On pense un peu en regardant les murs des toilettes ou un magazine qu'on peut avoir laissé trainer. Ensuite généralement on va faire du café. Pendant qu'il coule, on range deux ou trois choses pour se donner bonne conscience et on se pose dans le canapé avec son café. On se roule un joint, un vrai cette fois, pas un pour se rendormir, et on le fume en matant un peu la télé, une chaine info par exemple, mais de vieux dessins animés sont aussi une activité valable. On sait que de toutes façons, seul le téléshopping est proscrit. On réfléchit au programme de la journée. Le soir même on doit assister à l'anniversaire d'un collègue, dans un bar vers Chatelet. Avant on pourrait aller au cinéma. On va ouvrir les stores en grand et on voit qu'il fait gris. On se dit que c'est normal, que c'est Paris, que c'est octobre. On pense à Toulouse, au café des artistes, à la Daurade. On sent une odeur d'ail qui frie dans l'huile qui doit venir de chez les voisins et on ferme les fenêtres rapidement, avant de retourner au café, au joint et à la télé. On écoute les débats politiques, on écoute les infos, on écoute la météo, mais on s'en fout parce qu'on sait que ça n'existe pas. On se dit que la réalité est difficilement appréhendable dans sa globalité et on se dit que c'est quand même facheux de penser ça, mais que c'est vrai. On regarde dehors. On sent bien qu'on va pas aller au ciné ce matin finalement, et que Bill Muray nous attendra. On s'habille un peu parce qu'il fait froid aussi, on ramasse un vieux jean, une chemise, on passe les chaussettes sales de la veille parce qu'on a la flemme d'aller en chercher d'autres dans la penderie. On boit le café avec plaisir, en se disant que le week-end, c'est aussi annuler chaque seconde tous les projets qu'on fait, ce qui est une forme de liberté. On rigole tout seul de nos idées. On s'imagine rester tout le week-end dans ce canapé sans en bouger.Et on oublie la grande évidence qui va finir par nous rattraper: on devra bouger quand on aura faim. Deux minutes après, on est à la boulangerie du coin. On commande deux croissants et une chocolatine, pas parce qu'on en a envie, de la chocolatine, mais juste pour prononcer ce mot du sud que les parisiens ne pigent pas forcement. On est défoncé et la madame nous regarde un peu bizarrement, mais on s'en fout, on paye et on dit merci au revoir pour pas trop lui faire peur. On croise sûrement des gens, mais on n'y fait pas attention. On est dehors mais on est encore un peu dans son canapé, tout n'a pas vraiment commencé, c'est encore le début de la journée. On entend une sonnerie de télélphone qui n'est pas le notre, et aussi le bruit de nos pas sur le sol. L'ascenseur nous fait attendre un peu mais arrive finalement. On rentre, on se pose à nouveau avec du café et les viennoiseries. Ensuite on prendra un livre, celui qu'on a commencé dans la semaine et qui est pas mal du tout. Ouais, finalement, ça risque d'être dur de nous bouger aujourd'hui...
Par n. - Publié dans : écrits
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