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« L’engagement de l’écrivain est une justification : une tentative pour faire croire que c’est grave d’écrire, que ça compte, que ça change quelque chose au monde. Ce qui est vrai en ce sens que n’importe quel acte change quelque chose au monde, même d’éternuer. Mais ne grossissons pas l’importance des éternuements littéraires. Manier une mitraillette ou une charge de plastique reste une activité plus efficace, plus lourde de responsabilité et plus intense »
    G. Hyvernaud, feuilles volantes

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Vendredi 4 août 2006

Au moment où on s'est allongé, je me souviens que j'ai entendu des grillons autour de nous. C'était une nuit d'été, peut-être un peu fraîche. Dans la cuisine, je lui avais discrètement chuchoté à l'oreille suis-moi, et je l'avais prise par la main et entraînée derrière moi avant que qui que ce soit ne nous aperçoive. En me penchant vers elle, j'avais respiré son parfum en espérant qu'elle ne résisterait pas.

On s'est couché dans l'herbe juste après les arbres, au milieu du jardin. Elle n'avait pas dit un mot depuis la sortie, et elle n'a pas posé de questions quand je lui ai fait comprendre en la tirant un peu par le bras qu'il fallait qu'elle se pose ici dans l'obscurité. Là je lui ai tendu la paire d'écouteurs, je lui ai dit en mettant un doigt sur mes lèvres juste 20mn s'il te plait, et j'ai remarqué les grillons.

C'était exactement ce que je voulais jusque là. J'ai moi aussi mis mon casque, et on s'est tous les deux allongés. L'herbe avait une belle odeur qu'on a envie de manger. Et le ciel était dégagé. J'ai sorti l'ipod de ma poche, et j'ai lancé la lecture sur le titre que j'avais sélectionné auparavant.

Les premières phrases du morceau, c'est la voix d'un vieil homme qui parle d'Elis Island. De ce que c'était, et de ce que c'est devenu. Dos au sol, j'ai l'impression que l'alcool tape plus fort dans ma tête. Je garde les yeux bien ouverts, fixés sur les étoiles. J'écoute la musique monter sur scène et préparer ses instruments. Je sors le joint glissé dans mon paquet de clope et l'allume. Pas facile dans cette position, je me brûle un peu le pouce. Je respire un grand coup. C'est maintenant que tout se joue. Le dernier élément du dispositif technique. Ensuite on mettra à l'épreuve le psychologique. Putain, si elle savait ce que je me suis balancé dans le nez y'a pas 10mn...

Je tends donc mon poignet vers le sien. Je gagne du terrain, je caresse un de ses doigts, un deuxième, un autre, seulement deux à nouveau, puis je lui prends délicatement la main. Elle se laisse faire toujours sans rien dire. Tout est normal.

Au début de la soirée, elle avait parlé de rock indépendant, apparemment en amatrice, et j'avais remarqué qu'elle avait de petites mains, et aussi qu'elle jetait assez régulièrement de petits regards vers moi. Ensuite, il avait suffit qu'au bout d'un moment; rompant mon silence, je lâche le nom d'un petit groupe alternatif quand tous les autres restaient secs pour gagner définitivement son intérêt. J'avais fait ça en essayant de la jouer négligé, genre en me fourrant des cacahuètes plein la bouche. Il fallait pas que je me rate. Pendant le repas, nous avions parlé un peu plus, bien que distants à table. On avait juste échangé des banalités histoire de ne pas rompre le lien, mais au final je ne voulais pas apprendre trop de choses sur elle. Ca aurait pu être nuisible. Par ailleurs, nos échanges de regard m'avaient définitivement convaincu que je pouvais tenter le coup avec elle ce soir. Ils étaient presque suppliants. Après le dessert et le café, elle s'était proposé de débarrasser la table, et j'avais saisi l'occasion. Un tour aux chiottes en speed, et je t'attrape. Elle avait tout ce qu'il fallait. Enfin!!! Une autre!!

Alors voilà, on est couché dans l'herbe, l'un contre l'autre, comme des enfants. On regarde le ciel de toutes nos forces. Tout à l'heure, il nous faudra rentrer, sans trop faire de bruit, afin de ne pas réveiller ses parents. On passera par la fenêtre de sa chambre. A un moment, elle se retournera vers moi, elle aura envie de pouffer de rire, et elle tentera difficilement de se retenir. Alors j'en profiterai pour voler une photo de son regard, de ses yeux de chatte; et je la stockerai quelque part; dans un sous-répertoire de sous-répertoire, loin de la racine et du quotidien. Mais je n’oublierai pas le chemin. Elle sera juste comme en quarantaine. Et demain, quand je serai seul dans le vent, je pourrai toujours retourner voir ce pétillement de pupilles. Je ne pourrai jamais le partager, mais je ne pourrai jamais le perdre.

On écoute Sleep: Murray Ostril, de Godspeed. Je serre ses doigts contre les miens. C'est loin les étoiles quand on y pense ma puce. Ca me donne toujours le vertige de les regarder. On se sent renvoyé vers soi-même, et fatalement on se demande à un moment ce qu'est la vie, et à quoi ça sert. On dirait que la question elle arrive en même temps que la lumière des étoiles, comme si elle était codée dedans, et qu'elle se déclenche lorsqu'elle tombe de manière directe jusqu'au fond des pupilles. Ca nous file des idées dont on sait pas quoi foutre, qui collent comme de la confiture et on déclenche des questions qui nous balancent plusieurs g d'accélération. Plus rien n'a de sens ni d'intérêt. Alors on se raccroche à cette main qu'on tient. On se sent tout petit et insignifiant, mais on sait que cette main qu'on serre, que cet être à l'autre bout, c'est lui qui nous sauve de la folie, c'est lui qui nous empêche de nous lever et de partir en courant s'exploser la tête sur le mur en brique du garage. Cet être coordonne les éléments entre eux et leur insuffle à nouveau du sens. De l'envie. Du désir. Si elle lâche ma main, je meurs sur l'instant. Question d'esthétique. Et de poésie. Le morceau s'accélère, et je ne peux plus vivre sans elle. Je lui tends le joint et elle tire dessus pendant que je me demande pourquoi on ne peut pas partager le même corps. Le jet de fumée sort de sa bouche et s’envole mollement. J'ai envie de rouler sur moi-même et de me blottir contre elle, mais je veux pas qu'elle comprenne à quel point je suis faible en ce moment. Elle le saura bien assez tôt.

On ne dit pas un mot, de toute façon, avec les casques... Puis y'en a pas besoin. A quoi ça sert de parler? Je fais seulement référence à l'acte physique... Comme si c'était un aboutissement; une fin en soi... Comme si partager un silence, et encore plus de la musique, ça ne relevait pas d'un niveau plus élevé en terme de communication, quelque chose de plus abouti et définitif... Dans cette musique choisie exprès et dans ces mains qui se serrent, tout est contenu; c'est ça l'amour. Mais bien sûr on ne le dit pas au cinéma, parce qu'à filmer c'est pas terrible. Voir deux mains qui se serrent, même en choisissant un bon morceau, ça voudra jamais rien dire face à être une de ces mains, et être ensemble ce morceau. Alors on nous fait croire que c'est les baisers fougueux et du sexe sous des draps l'amour. C'est plus visible, c'est plus vendeur. Et à force on y croit. On mange gentiment le foin qu'on nous sert. Mais non, pour moi, l'amour, c'est ce qui fait que mon cœur scande ce rythme aussi étrange. C'est ce qui fait que je le sens se contracter à frôler l'implosion, puis se dilater et exploser à la gueule du monde. Et je ne fais pas de métaphore. Je parle vraiment de rythme et d'organe. Mais comme toujours j'ai peut-être pas les bons mots pour faire comprendre, et ça va finir que je me parlerai tout seul. Maudite geôle.

C'est pour ça que j'ai pris de la coke ce soir. Pour que mon cœur batte de cette façon. Quand on a connu ça une fois, et qu'on l'a perdu, on le cherche ensuite à jamais. Les malfaiteurs reviennent toujours sur le lieu du crime. La coke, c'est de l'amour intense et éphémère. Dès le départ on sait que c'est un ersatz. On fait avec, c'est pas si grave. Et couché sur l'herbe à côté de cette nana, elle me permet de tout faire revivre, de tout ré-invoquer, comme un vieux rite magique ou vaudou. Elle a de petites mains comme elle. Et elle est capable de supporter 20mn de musique parce que je lui ai tapé dans l’œil, et que je suis suffisamment bizarre pour qu'elle puisse parler de moi en se ventant avec ses copines si elle me serre. Mais la comparaison s'arrête là. Jamais cette fille, de manière naturelle, ne pourrait m'amener à ressentir à nouveau ce que j'ai senti ce soir d'été dans le jardin. Ni elle, ni aucune de celles que j'ai croisées depuis. Alors j'essaye, quand je peux, de trouver quelqu'un avec qui je puisse reprendre la même position physique. Quelqu'un capable de supporter ce morceau en entier. Et une fois que tout est prêt, il me reste le plus dur. Me convaincre que je vis une nouvelle fois ce soir là. Alors je me came. Je prends tout ce qui peut rendre la vie plus intense. Je l'ai fait sous MD, sous c., sous champi, à l'alcool, à tout et n'importe quoi, sans réelle préférence. Quand les choses se font sur l'instant, on fait avec les moyens du bord, on s’adapte à l’irruption des possibles. Quand cette partie se passe bien, il faut ensuite continuer. Lâcher un peu les étoiles, et trouver un angle de vue qui me permet de croire que je fais face au même profil que ce soir là. C'est dur, le nez et le menton ne correspondent jamais, il faut jouer avec les contrastes. Puis y'a la fameuse photo qui pop, une fois que tout le rituel a fonctionné. Là, le plus dur, c'est de se laisser emporter par l'émotion qu'on a tant cherchée, mais ne pas la laisser nous briser. Je sens des larmes qui montent, et il faut pas. Non, c'est elle, c'est elle. Ne tourne pas la tête, j'ai le bon angle, tout va bien. J'ai envie de hurler, de lui dire qu'elle me manque. J'ai envie de l'assommer de pourquoi et de caresses, et de cacher mon nez tout au fond de son cou. Mais tout ça se passe dans ma tête. Extérieurement, mon corps est toujours étendu dans l'herbe, et j'affiche un regard bête et neutre. Ce n'est qu'à l'intérieur que toute la machinerie grince, braille, souffre, et s'effondre. Je me sens ridicule de faire cela, c'est pour ça que je n'en ai jamais parlé. A personne. On me dirait que je stagne dans mon désespoir, que je ne fais rien pour aller mieux. On essayerait de m'envoyer voir des docteurs peut-être. On voudrait tout faire pour ne plus avoir à penser en miroir que des gens comme moi font ce que je fais. Moi je me dis que je suis pas le seul. J'imagine bien Fitzgerald avoir fait ça, ce genre de mélancolie un peu maladive à laquelle on peut facilement devenir accro, comme c'est le cas pour ses personnages, donc comme ce fut certainement le cas pour lui également. Je trouve à tout cela un charme un peu désuet qui me convient bien.
Là il me reste 13mn à revivre ce moment, qui est définitivement un nœud dans ma vie que je n'arrive pas à délier, c'est vrai. Treize minutes pendant lesquelles je peux encore l'habiller comme je veux, la maquiller, la transformer; la faire vivre à ma guise dans ce corps à côté du mien. Treize minutes qui ne sont déjà plus que six, plus qu'une. Au top je vais me redresser, et reprendre les écouteurs. Je m'étais promis me m'en tenir là, mais c'est toujours ce qu'on dit avant. Maintenant c'est plus pareil, qui s'enfuit déjà. Je retombe en manque d’intensité. Rendez-moi ma tristesse. Juste une fois, une dernière fois. Faudrait au moins que je lui prenne la bouche, comme un peu pour la remercier, et que je replonge pas me faire plus de mal, mais je vais attendre. Si on parle deux secondes et qu'elle ne le fait pas elle, tant pis. Faudra que je trouve un truc pour repartir m'en coller une ligne, et je tente de recommencer avec un autre morceau. Juste une dernière fois, et ensuite j’arrête… Promis…

 

(merci poussin pour ton aide et ta patience...)

 

 

Par n. - Publié dans : écrits
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Commentaires

QUOI !


tu pensais à une autre alors, salop :/

Commentaire n°1 posté par fif le 04/08/2006 à 15h26

pas de scène ici poussin, on en parle dimanche si tu veux, pendant qu'on regardera les rats courir le long des fontaines du jardin de la com'

Commentaire n°2 posté par Kosmopolites le 04/08/2006 à 15h59

rien à redire... plutôt à redir...


 


 

Commentaire n°3 posté par i_t le 16/08/2006 à 10h55

ça vrille la tête


c’est mieux comme ça


moi j’admire les saints franchement


c’est de la bonne c’est de la dope


que c’est qu’en lettres y’a pas plus dur


c’est moi que je te le dis, mec


des fois ça revient, ça repasse toujours, toujours


spirales mon cul c’est une cuvette de chiotte


plus profond c’est l’enfer


plus noir c’est la peste


attends que je te choppe je te tiens je serre ça glisse et merde c’est passé



 



ok



 



on s’y remet ?

Commentaire n°4 posté par intention_travestie le 16/08/2006 à 11h32
héhé...
AnneB a raison je trouve, y'a qq passages à modifier un peu... je l'ai senti à la relecture, mais sinon je suis content... :>
Commentaire n°5 posté par Kosmopolites le 21/08/2006 à 14h14
smwa dernier mot
Commentaire n°6 posté par fif le 21/08/2006 à 14h37
noob ^^
Commentaire n°7 posté par kosmopolites le 22/08/2006 à 00h35

Non smwa dernier mot.


Tu sais...mais clap clap quand même en public.


(et je me la pète SI JE VEUX)(bon)

Commentaire n°8 posté par Ficus le 25/08/2006 à 16h51

merci Ficus...
espérant que ce texte te sera utile... (toi aussi là tu sais...)


à demain... :D

Commentaire n°9 posté par Kosmopolites le 25/08/2006 à 16h53

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