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« L’engagement de l’écrivain est une justification : une tentative pour faire croire que c’est grave d’écrire, que ça compte, que ça change quelque chose au monde. Ce qui est vrai en ce sens que n’importe quel acte change quelque chose au monde, même d’éternuer. Mais ne grossissons pas l’importance des éternuements littéraires. Manier une mitraillette ou une charge de plastique reste une activité plus efficace, plus lourde de responsabilité et plus intense »
    G. Hyvernaud, feuilles volantes

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Mercredi 1 novembre 2006 3 01 /11 /2006 02:02
c'est une évidence, elle est forcement dans la playlist du soir; la playlist du dépressif  auto-entretenu pour le mardi soir que le lendemain y travaille pas.
Quand j'ai dl l'album, forcement, j'ai fear. Le premier était tellement  proche du chef d"oeuvre, pour moi, que je redoutais la déception; une fois de plus devoir me dire que je passerais plus tard pour le connard de service, celui qui dit toujours au fond des soirées wé mais moi j'ai juste adoré le premier, ensuite j'ai trouvé que c'était trop commercial.
Ou merdique.
Ou facile.
Vous pouvez mettre le qualificatif dévalorisant de votre choix. Ca vous permettra de comprendre mon angoisse. Poser une oreille sur son nouvel album, c'était un peu comme la façon dont on redoute la sortie de chaque nouvel album de Radiohead; la peur d'être déçu... Il suffit de penser au dernier DJ Shadow pour comprendre la toute puissance de la fearance.
Après une nuit de dl, le téléchargement était complet. Je repense d'un coup à Nab, qui me croit à peine quand je lui dis plus tard même si je l'ai dl, je vais l'acheter le jour de la sortie. Elle ne m'a pas cru. Elle ne voit pas le genre de malade que je suis... Donc, au petit matin, dans l'odeur du café et de la moitié de join restant de la veille, je décompresse le fichier, et je sens la farce: 5 pistes. Lol!! C'est un fake! Skwa 5 pistes? Le premier en fait 11 ou 12, et tous les mecs d'Antifolk sortent des albums à 16 ou 20 pistes. Je laisse de côté, no ipod transfert.
Puis le soir, le vendredi, soir de bouclage, je profite d'un temps mort pour faire un tour sur le bureau d'A., ma petite favorite, la chroniqueuse musicale.
[soit dit en passant, pour une meuf qu'on m'énoncait comme "insérable", on l'aurait vue rouler de jolies galoches à un autre journaliste durant le séminaire. Je suis die. Fin du soit dit en passant.)
Donc je farfouille sur son bureau,. Je passe en revue les cds qu'elle a reçu. La plupart des groupes me sont inconnus. Deux hypothèses: soit c'est qu'ils sont trop commerciaux, soit trop pointus... Et puis je tombe sur une pochette qui attire mon oeil. Je la saisis. C'est son nouvel album. Je la retourne rapidement, espérant le track-listing au dos.
Bingo...
Bingo, mais cinq pistes... J'ai donc le bon album à la maison.
De retour, je me mets en condition. Et quand tout est comme ça devrait, je lance l'album....
Au départ je retiens mon souffle. Je me dis qu'il ne faut jamais se fier à sa première impression. J'esaye tout pour déjouer la malédiction de l'album merdique. Je croise les doigts. Je lui chuchote ne fais pas n'importe quoi, même si elle ne m'entend pas, et que la galette est déjà sous presse voire camionisée...
Puis voilà. On est trois semaines plus tard, et depuis je commence toutes mes journées avec Only Skin., la quatrième piste.
Et oui, il n'y a que 5 pistes. Et la personne en question est harpiste.
Donc bien sûr, on retrouve la harpe comme dans le premier, mais la comparaison s'arrête là. Plutôt que de passer sa vie à nous composer les mêmes contines encoutantes, elle a choisi de se lancer dans autre chose. Des morceaux qui font jusqu'à 16mn, la présence d'autres voix que la sienne, et pour assurer  la continuité, au-dela de l'instrument, ces texts imparables et mystiques, que j'ai traqué sur le web, et dont je cherche aujourd'hui encore le sens caché.
Mais voilà, comme nier? Elle m'accompagne. Surtout le samedi matin. Entre le premier café et le premier spliff, elle vient me faire oublier. Elle sort là, numérique à lui donner des boutons si je me l'imagine bien, entre les deux  oreilles du casque. Matin et soir, au garde à vous quand je la solicite. Sa vois étrange et ses mélodies sorties de nulle part.
Je parlais de l'album Burner de Odd Nosdam comme de l'album de la maturité aptès No more wig for Ohio. On sentait que le premier lui avait servi à s'affranchir de certaines barrières rattachées à sa vie passée; et que sans ça il lui aurait été impossible d'arriver avec un second album aussi abstrait que Burner. Après avoir réglé mes comptes avec le passé, à moi le présent, voire l'avenir
Dans un genre différent, folk plus qu'électro abstraite, j'ai  le même sentiment à son égard. Un album honnête, qui après le premier qui se cherchait un chemin en faisant des bras d'honneur aux conventions, trouve enfin une sorte de sérénité, un espace où s"exprimer à l'abri des dommages collatéraux.
Joanna Newsom continue donc son bonhomme de chemin. J'attends la sortie de l'album juste pour voir l'objet que sera le CD. La toute première édition du premier s'était faite, en exemplaires limités,  sur de vraies broderies d'une amie à elle. La version que j'ai n'est qu'une pâle reproduction cartonnée. Mais l'idée m'avait séduit...
Que vous dire musicalement  de l'album? Des formats qui ne passeront jamais en radio en guise de crédibilité underground? Une nana qui vit et assume son trip, pour faire saliver tous ceux qui comme moi font des concessions sur leurs idéaux mais se rêvnt intègres?
Je sais pas, peut-être qu'il fera 16 ou 20 euros, dès lundi, dans les FNAC, à prix vert. Peut-être qu'il fera 25 euros en commande chez un petit disquaire indépendant pas loin de chez vous. Sachez juste que même à 50 ou 100 euros, cet album n'aurait rien de superflu.
Mon ancien rédacteur en chef voulait faire de notre journal un journal populaire, au sens du France Soir des années 80, qui était lu des usines Renaud jusqu'aux ministères. C'est certainement ce qui pourrait qualifier le mieux cette musique. Quelque chose de populaire, non au sens péjoratif, mais dans une optique positive.  Une beauté appréhendable quand quiconque daigne lui accorder un peu d'attention.
Pour autant, je ne sais pas si c'est ce que je lui souhaite.
Fameuse envie de garder des pépites pour moi. Egoïstement...
Et souvenir du fameux si vous voulez rendre service aux écrivains, il faut les jeter en prison...
Je profite donc de ce blog à audience limitée: offrez ou offrez-vous YS de Joanna Newsom. Et si vous êtes déçus, je suis prêt à racheter les exemplaires rejettés; je sais pour qui cela fera un joli cadeau....
Par n. - Publié dans : sur l'instant
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